samedi 5 octobre 2013

PRISE EN CHARGE DES REFUGIES AU CAMEROUN


Moyens insuffisants malgré la bonne volonté

Le constat a été fait par la représentation locale du Haut-commissariat aux réfugiés (Hcr) au Cameroun

Selon Ndeye Ndour, le Cameroun accueille actuellement plus de 100 000 réfugiés constitués essentiellement des ressortissants des pays voisins qui fuient la guerre civile et des atrocités de toutes sortes dans leurs pays. Avec des événements politiques marqués par le coup d’Etat survenu il y a six mois en Centrafrique, la représentante du Hcr au Cameroun, a indiqué que la Rca compte à elle seule, plus  de 50 000 réfugiés qui vivent essentiellement dans la région de l’Est, frontalière de leur pays d’origine. Des réfugiés pris en charge par le gouvernement camerounais et le Hcr avec l’appui de certains organismes humanitaires, aussi bien ceux qui vivent dans les camps aménagés, que de milliers d’autres qui vivent dans plus de deux cent villages dans cette région. En plus des Centrafricains, les Nigérians constituent également une importante communauté de réfugiés vivant au Cameroun, ces derniers qui fuient les exactions de la secte Boko Haram sont surtout installés dans la partie septentrionale du Cameroun, notamment dans la région de l’Extrême-nord où ils sont environ 9000 réfugiés. Pour le reste, les Tchadiens, les Rwandais et les Congolais de la République démocratique constituent également des groupes de réfugiés importants, ceux-ci étant disséminés à travers le territoire national.
La situation en République Centrafricaine a été jugée « préoccupante » par les responsables du Hcr. Le gouverneur de la région de l’Est Dieudonné Ivaha Diboua qui vient d’effectuer une descente sur le terrain, a précisé que pour des raisons d’efficacité et de sécurité, plusieurs sites ont été aménagés pour accueillir les réfugiés. Toutefois, a-t-il reconnu qu’il est difficile d’assurer une prise en charge appropriée à tous, d’autant que « les réfugiés continuent d’affluer vers le Cameroun », malgré des appels au calme et à la paix des nouvelles autorités au pouvoir à Bangui.

Mais fidèle à sa mission d’encadrement des réfugiés, le Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés (Hcr) vient de construire des salles de classes afin de permettre la scolarisation des enfants réfugiés centrafricains. Selon le Hcr ces salles de classes ont été construites a proximité des écoles des localités de Garoua Boulai et Ngoura, deux arrondissements de la Région de l’Est où l’on compte les camps les plus importants de réfugiés centrafricains. Un coup de pouce qui s’étendra aussi aux autres réfugiés, assure Ndeye Ndour.

REFUGIES NIGERIANS
Car depuis quelques mois l’arrondissement de Kolofata est, lui aussi, submergé par un flux de réfugiés nigérians qui ont fui leur pays à la suite de l’offensive de l’armée nigériane contre la secte islamiste Boko Haram. Selon le chiffre communiqué par le gouverneur de la région de l’Extrême-Nord, plus de 20 000 réfugiés sont arrivés essentiellement en provenance de Bama, localité nigériane frontalière du Cameroun. Pour l’instant, ils sont hébergés dans des écoles et des domiciles privés dans deux localités de l’arrondissement : Amchidé et Kolofata centre. Le gouverneur est descendu à Kolofata et à Amchidé le 28 août 2013. Augustine Awa Fonka a constaté que le nombre de réfugiés croît de jour en jour. D’où son inquiétude face aux menaces que représente une telle situation. « Tous ces gens qui se considèrent comme des refugiés doivent se plier aux lois de la République pour être pris en compte par le Hcr » Et d’ajouter, «Nous ne laisserons pas des personnes non identifiées entrer au Cameroun parce que leur présence clandestine peut augmenter l’insécurité. Nous voulons préserver la bonne relation qui existe entre le Cameroun et le Nigeria. Il ne faut donc pas que des refugiés inconnus créent des incidents diplomatiques entre les deux pays», précise Augustine Awa Fonka.
Selon les statistiques rendues disponibles par Mamady Fatta Kourouma, chef de la sous-délégation Unhcr, 105 000 réfugiés nigérians sont présents au Cameroun. À l’Extrême-Nord, ceux qui ont été enregistrés par le Hcr sont au nombre de 8125 dont 4816 dans le département du Mayo- Sava, 3323 dans le département du Mayo-Tsanaga et 600 dans le département du Logone et Chari. Sur le site de Minawaou, le gouvernement a déjà construit des forages. Les constructions d’un centre de santé, d’un marché et d’une école ont déjà été programmées. Toutefois, les bonnes intentions du Hcr et du gouvernement camerounais sont limitées sur le terrain par de nombreuses difficultés. En effet, dans le cadre de la réorientation de la stratégie d'assistance alimentaire du Programme alimentaire mondial (Pam), les distributions générales de vivres ont été remplacées par une aide ciblée, qui a bénéficié à 26 000 réfugiés en 2011. En raison de contraintes financières, cette aide a encore été réduite de 50% en 2012 et un nombre considérable de réfugiés sont aujourd’hui (en 2013), exposés à l'insécurité alimentaire si des fonds ne sont pas débloqués pour assurer la prise en charge de ces besoins.
Au nombre de ces contraintes, le personnel du Hcr et ses partenaires d'exécution ont des difficultés à accéder aux réfugiés en raison de problèmes logistiques. C'est le cas en particulier dans les régions de l'Est et de l'Adamaoua, où les réfugiés centrafricains sont dispersés dans plus de 300 zones d'installation, réparties sur un territoire de plus de 50 000 kilomètres carrés. De surcroît, ces réfugiés mènent une existence nomade, de sorte qu'il est difficile de leur apporter une aide et de leur distribuer des documents.
A titre de rappel, le Cameroun est signataire de la Convention de 1951 sur les réfugiés et de son Protocole de 1967, ainsi que de la Convention adoptée par l'OUA en 1969. Au niveau national, la loi définissant le cadre juridique de protection des réfugiés a été adoptée en 2005. Le décret d'application de la loi de 2005 a été signé en novembre 2011, à la suite de quoi les Commissions d'éligibilité et des recours ont été créées en juillet 2012.
Mathieu Meyeme


PERSONNES ÂGÉES

L’Église exalte les vertus du Troisième âge

C’était à l’occasion de la célébration de la journée internationale des personnes âgées, alors qu’au plan national aucune cérémonie officielle n’a eu lieu.

Afin de montrer son implication à la célébration de la Journée 2013, consacrée aux personnes du troisième âge qui a été célébrée le 1er octobre dernier sur le thème « L’avenir que nous voulons : ce que disent les personnes âgées », le Président du Conseil pontifical pour la pastorale de la santé a diffusé un message sur la valeur de la vie des personnes âgées: Les chrétiens et toutes les personnes de bonne volonté, écrit Mgr.Zygmunt Zimowski, « sont appelées à agir pour une société plus juste, qui prenne notamment en compte l'apport actif des personnes susceptibles d'être considérées comme inutiles. Loin d'être des poids pour la société, les personnes âgées doivent lui apporter expérience et sagesse... Dans nombre de pays développés, la personne âgée demeure acteur de la vie sociale, alors même qu'on s'adapte au prolongement de la vie, résultant de multiples facteurs notamment les progrès de la médecine. Mais prolongement ne doit pas devenir survivance. Il faut donc valoriser la vieillesse à partir de ses caractéristiques et des spécificités des personnes âgées ».
L’Eglise catholique, par la voix du plénipotentiaire de la curie romaine affirme qu’il faut donc favoriser la culture de l'unité inter-générationnelle, car la personne âgée doit avant tout être objet d'attention caritative mais lui même également agent de cette pastorale. Mgr.Zimowski a insisté sur le fait que l'assistance religieuse au troisième âge doit impliquer l'ensemble de la communauté ecclésiale. Dans ce sens, le Conseil pontifical organise du 21 au 23 novembre une conférence internationale dont le thème est: « L'Eglise au service de la personne âgée malade, l'assistance aux personnes affectées par des maladies dégénératives ». Dans la vision chrétienne, la vieillesse n'est pas la décadence de la vie mais son accomplissement, la synthèse du vécu et de l'expérience, de tout ce qui a été affronté au long de l'existence. Pourtant, à l’échelle du gouvernement de notre pays, seules quelques actions isolées ont été signalées ce jour-là tandis qu’aucune célébration officielle n’a été organisée au ministère des Affaires Sociales.

IGNOREES PAR LES AUTORITES GOUVERNEMENTALES
Un communiqué diffusé en boucle dans le journal en continu de la Crtv indique que, la célébration de la Journée internationale 2013 des personnes âgées sera célébrée le …08 octobre prochain à Yaoundé. Cette date, non officielle, retenue par Catherine Bakang Mbock, le ministre des Affaires Sociales pour célébrer la seule journée consacrée aux personnes âgées a été considérée par Auguste Mindzié Mbarga, président de l’association des personnes âgées du Cameroun, comme une violence morale. « Par sa résolution 45/106 du 14 décembre 1990, l’Assemblée générale des Nations Unies a proclamé le 1er octobre Journée internationale des personnes âgées. », rappelle le sexagénaire. 
A Douala pourtant, la 23e édition de la Journée internationale des personnes âgées a réuni une centaine de seniors le 1er octobre autour de Joseph Elongo, leur porte-parole qui a affirmé qu’il s’agissait pour eux, d’informer le gouvernement sur la nécessité de reconnaître l’importance des personnes âgées dans la société. Et surtout leurs besoins. Ils en ont donc profité pour faire un plaidoyer en direction des pouvoirs publics, pour la protection des personnes âgées, le renforcement des structures de cette tranche de personnes, l’institution d’une assurance-maladie, la mise sur pied des guichets pour le règlement de factures...
Le président de la Fondation camerounaise de gérontologie (Focage) a également reconnu que les choses ont évolué depuis quelques années. Hubert Ndzana Alima a notamment évoqué la multiplication des associations et autres structures de seniors. Leurs autres attentes, c’est la vulgarisation de toutes les informations consistant à respecter les règles d’hygiène, la considération pour les personnes âgées et surtout la lutte contre la détresse  que vivent les seniors. « Il est aussi souhaitable d’assurer la formation en gérontologie des aidants sociaux afin qu’ils puissent mieux assurer l’accompagnement des personnes âgées en détresse », a-t-il ajouté.
Remise de dons aux personnes âgées par l'apav
Une autre initiative louable est venue des membres de l’ association d’appui aux personnes âgées et Vulnérables (Apav) qui, le jour de la célébration, se sont rendus à Béthanie Viacam, une institution d’encadrement des personnes âgées basée à Yaoundé pour offrir des dons composés de  sacs de riz, carton de savons, produit alimentaires, baumes, médicaments, vêtements, vivres frais…au grand plaisir de ces personnes du 3ème et du 4ème âge. Un acte qui a été complété par une causerie éducative autour du thème: « Valorisons l’opinion des personnes âgées »
Pour mémoire, le thème de la 23ème Journée, « L’avenir que nous voulons : ce que disent les personnes âgées », a été choisi afin d’attirer l’attention sur les efforts des personnes âgées, des organisations de la société civile, des Nations Unies et des États Membres pour inscrire la question du vieillissement sur l’agenda du développement international.

Mathieu Meyeme

Interview Ministre camerounais de la Promotion de la femme et de la famille



PROFESSEUR MARIE-THERESE ABENA ONDOUA


« Les veuves subissent une grande perte, mais doivent continuer à prendre soin des enfants »



Le Ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille dresse le bilan de la célébration de la troisième édition de la Journée Internationale des Veuves qui a été célébrée le 23 juin 2013


Le 21 décembre 2010, l’Assemblée Générale des Nations Unies a institué la journée internationale des veuves dont la célébration est fixée au 23 juin de chaque année. Rendue à  sa troisième édition, quel bilan et quels enseignements pouvez-vous en faire ?
Depuis 2011, notre pays se joint effectivement à la Communauté internationale, le 23 juin chaque année, pour commémorer la Journée Internationale des Veuves. Les thèmes des deux premières éditions étaient respectivement : « Etat des lieux de la situation des Veuves au Cameroun », et « Droit des Veuves ».
L’édition 2013 était quant à elle, placée sous le thème « Agir ensemble pour mettre un terme aux pratiques et coutumes discriminatoires à l’égard des veuves».
La première édition de cette journée, a été l’occasion pour notre département ministériel d’organiser un symposium sur l’état des lieux de la situation des veuves au Cameroun. Cette rencontre qui a donné lieu à plusieurs témoignages a révélé que, quelques soient les catégories sociales et le milieu de résidence, les veuves rencontrent toutes ou presque, les problèmes de même nature : celle de la violation de leurs droits par les familles et les communautés. Pour celles dont les conjoints travaillaient dans la Fonction publique ou dans le secteur parapublic et privé, le chemin qui mène à l’accès aux droits du conjoint survivant, est jonché de nombreuses embûches.
Cette rencontre a également permis de mettre en évidence, l’insuffisance  de vulgarisation des textes juridiques de protection des droits des veuves et de leurs enfants ; la complexité des pièces à verser aux dossiers de pension et de succession ; l’ignorance des procédures par les veuves, et l’obsolescence de certains textes, etc.
La deuxième édition centrée sur les droits des veuves, a permis l’élaboration d’un plan d’action pour l’encadrement ces veuves dont les activités prioritaires portent sur : la formation, l’information et la communication aux côtés de l’accompagnement psychosocial, administratif et juridique des veuves.
C’est le lieu pour moi de vous dire par exemple qu’en ce qui concerne les Services Centraux, nous avons durant les 12 derniers mois, accompagné 58 veuves dans des cas de paiement des pensions diverses, de litiges fonciers, de jugement d’hérédité, d’assistance judiciaire, de bigamie et d’exécution des décisions de justice.
Dans tous ces cas que je viens de citer, nous avons bénéficié de la collaboration bienveillante des départements ministériels intéressés et ce parfois, avec l’implication personnelle des chefs desdits ministères.

Quels sont les objectifs de cette journée ?
Je dois d’abord préciser que la Journée Internationale des Veuves a été instituée par la Résolution 65/189 de l’Assemblée Générale des Nations Unies, le 21 décembre 2010.
Cette Résolution adoptée par consensus a bénéficié du co-parrainage de 56 pays dont une majorité d’Afrique. La Journée vise à sensibiliser  l’opinion, afin d’obtenir une meilleure défense des droits des veuves partout dans le monde. Elle est donc une occasion pour agir en faveur de la réalisation et de la reconnaissance de tous droits des veuves longtemps restés invisibles, négligés et ignorés. En outre, elle interpelle les gouvernants pour tenir leurs engagements visant à garantir les droits des veuves tels que consacrés par le droit international, et notamment, la Convention sur l’Elimination de toutes les formes de Discrimination à l’Egard des Femmes (CEDEF), et la Convention relative aux Droits de l’Enfant.

Quelles ont été les spécificités de l’édition 2013 ?
La première spécificité porte déjà sur le thème : « Agir ensemble pour mettre un terme aux pratiques et coutumes discriminatoires à l’égard des veuves ». Une thématique qui nous plonge au cœur de notre socio-culture et qui nous invite à faire une introspection sur la pertinence et le bien-fondé de certaines pratiques. A cet égard, nous avons commencé à identifier les pratiques et coutumes qui font problème dans le cadre de l’élaboration d’une cartographie de celles-ci. Une fois ce travail terminé, nous pourrons avoir une visibilité et une lisibilité des particularités socioculturelles afin d’ajuster au mieux nos actions sur le terrain.

Peut-on avoir une idée des données statistiques des veuves au Cameroun ?
Au Cameroun, les veuves représentent une frange importante de la population. Selon le troisième Recensement Général de la Population et de l’Habitat, elles frisent les 8,3% de la population féminine totale, tandis que 1,5% d’hommes sont frappés par le veuvage. Selon la même source, ces taux croissent malheureusement avec l’âge. A titre d’illustration, dans la tranche 50-54 ans, les veuves représentent 21 ,3% de la population et les veufs sont évalués à 3,1%. Entre 55 et 59 ans, 29,5% de la population sont des veuves contre 3,8% de veufs. De 60 à 64 ans, on dénombre 39,5% de veuves et 5,5% de veufs. Dans la tranche 65-69 ans, on compte 48,2% de veuves contre 7% de veufs.

Quels sont les principaux problèmes auxquels elles font face ?
Les femmes qui perdent leurs époux subissent une grande perte, mais doivent continuer à prendre soin des enfants, gérer leurs emplois et s’accomplir. Mais elles doivent le faire dans l’adversité, non seulement en raison de leur chagrin, mais aussi des conventions sociales discriminatoires. C’est ainsi qu’elles sont victimes des violences de toutes sortes, sans qu’aucune voix collective ne se fasse entendre en faveur de leurs droits, ou pour appeler à leur protection. Je citerai par exemple : les expulsions des domiciles conjugaux, les discriminations, les abus, les exploitations, le lévirat, les rites de veuvage dégradants et deshumanisants. Très souvent, leurs enfants vivent dans un environnement hostile, victimes de violences et de maladies,  réduits à la servitude, privés d’éducation et sont des cibles des trafiquants d’être humains. En outre, j’évoquerai les rites funéraires dans lesquels sont incorporés les rites de veuvage, ont été institués par nos aïeux pour garantir l’unité et la cohésion de la famille, ainsi que le bonheur des membres qui survivent au décès de l’un d’eux. Cependant, cet objectif initial a été transformé avec l’évolution du temps, rendant ces rites plutôt néfastes au bien-être des veuves. Dans un tel contexte, l’encadrement des veuves et des orphelins devient un impératif notamment, en amenant les communautés et les familles à adopter des comportements favorables à la création d’un environnement socioculturel propice à l’épanouissement et de leurs enfants.

M. Ban Ki-Moon, Secrétaire Général de l’ONU, affirme que « Lorsqu’elle perd son mari, la femme ne devrait pas perdre ses droits. Comment promouvez-vous ces droits dans votre département ministériel ?
Au Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille, nous menons des activités de sensibilisation, de plaidoyer et d’accompagnement. La sensibilisation et l’information concerne aussi bien les veuves, leurs enfants que les communautés sur les droits des veuves et de leurs enfants, ainsi que  sur les procédures  réglementaires à suivre dans le cadre des dossiers administratifs. Dans le même sens, nous les encourageons à se regrouper pour mieux défendre leurs droits et pour vulgariser ces droits auprès d’un plus grand nombre.
La formation est orientée vers les personnels du Minproff et des organisations de la Société Civile en vue d’un encadrement efficace des veuves et de leurs enfants. Le plaidoyer se fait auprès des chefs traditionnels et des leaders communautaires qui sont des dépositaires de la tradition en vue d’une humanisation de certaines pratiques traditionnelles et du respect des droits fondamentaux des veuves. L’accompagnement des veuves quant à lui est une activité de routine au cours de laquelle les requérantes bénéficient des services d’écoute, de conseil et de médiation familiale ainsi que de l’accompagnement juridique, le cas échéant.

Quel rôle jouent les associations de veuves dans la célébration de cette journée ?
Je tiens à rappeler que ces associations fonctionnent sous le régime de la Liberté des Associations. Le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille n’interfère pas et ne s’ingère pas dans leurs activités. Dans notre rôle d’encadrement de formation et d’accompagnement, nous mobilisons et travaillons avec ces associations, pour qu’elles servent de relais, de courroies de transmissions de nos messages et nos enseignements.


Entretien mené par Mathieu Meyeme

Interview Professeur Claude Abbe



PROFESSEUR CLAUDE ABE

« Notre société se fonde davantage sur l’allégeance aux charlatans que sur le mérite »

Maître de conférences et enseignant permanent à l’université catholique d’Afrique centrale  (Ucac), le Professeur Claude Abé, sans langue de bois, se prononce sur les dérives des pratiques des charlatans dans notre société.

Comment peut-on définir le charlatanisme dans la société de notre temps ?
Anthropologiquement, charlatans, magiciens et l’ensemble des pratiques qu’on renvoie au phénomène de sorcellerie, nous les mettons dans le même lot pour dire qu’il s’agit d’un recours aux forces méta sociales, métaphysiques pour essayer d’expliquer des réalités et résoudre des problèmes physiques. Mais le problème fondamental ici réside dans le fait de croire en l’intervention de forces occultes et de forces de la nature qui peuvent venir changer le cours des choses en faveur d’un certain nombre d’individus Cela renvoie au fond culturel des sociétés négro africaines où on estime qu’il y a une articulation entre le monde visible et le monde invisible et que de ce point de vue, on peut demander une intercession, de l’aide et avoir recours au monde invisible, aux forces de la nature et obtenir leur faveur dans quelque projet qu’on est en train de mener ou alors pour résoudre un problème de santé que l’on a au quotidien.

Dans le cas spécifique du milieu professionnel, comment se manifestent les faits de charlatanisme ?
Dans le milieu professionnel il y a nombre d’individus qui arrivent du jour au lendemain devant leur bureau et découvrent qu’il y a des libations qui ont été faites à l’aide de sang, de dépôts d’herbes ou d’écorces. D’autres ont recours à un certain nombre de protections de la part des tradipraticiens soit pour se protéger contre une éventuelle attaque en sorcellerie, soit alors pour obtenir la faveur des responsables chargés de positionner les uns et les autres à des fonctions enviées et enviables. Dans le contexte qui est le notre en entreprise, cela dénote chaque fois qu’il y a des recours aux charlatans qu’il y a un problème de lutte de pouvoirs dans l’organisation.

Un charlatan peut-il aider quelqu’un à obtenir une promotion sociale ou professionnelle ?
Le sociologue que je suis estime qu’il s’agit d’un adjuvent pour des individus qui, en réalité, ont des problèmes de personnalité, des problèmes à asseoir leur notoriété sur le plan professionnel et qui croient que le recours au charlatanisme peut aider. Mais l’individu que je suis ne croit pas qu’un charlatan puisse aider quelqu’un à avoir une promotion professionnelle parce qu’à mon sens c’est davantage sur le travail acharné qu’il faut compter. On est rentré dans une société où le culte de la réussite sans effort s’est enraciné et aujourd’hui on croit que ce sont les forces occultes qui favorisent la réussite. Anthropologiquement, les négro Africains croient que le pouvoir est lié à l’invisible. Voyez-vous quand un individu réussit à faire d’importantes accumulations de richesses il est tout de suite taxé d’avoir recours à des forces occultes.et cela se voit aussi bien dans nos entreprises que dans nos milieux villageois où il y a des histoires de serpents chargés la nuit d’aller transporter des fèves de cacao d’un champ à un autre. Tout cet imaginaire fait que dans le contexte africain les uns et les autres croient fermement que l’acquisition du pouvoir ou d’une position enviée est liée à son rapport avec des forces occultes. Dans les sociétés traditionnelles africaines quand on intronise un chef, il y a toujours ce passage vers une sorte de case où on fait la rencontre avec l’invisible. Il y a cette forte imagination de la réussite sociale qui est liée à l’intervention des forces occultes et globalement la société croit en cela. Mais il y a des faits qui accréditent la croyance en cette thèse. Par exemple, avec le recours à la modernité, on s’est rendu compte qu’un certain nombre d’individus qui sont fainéants, qui ont des parcours brumeux et dont la réussite est difficile à rendre compte, de manière paradoxale, réussissent socialement. Ces nouvelles figures de la réussite sociale, ont enraciné dans l’imaginaire collectif que le recours au charlatanisme peut aider. C’est ce qui justifie qu’un certain nombre d’individus aient versé dans les sectes qui sont les versants plus ou moins modernes de ce recours aux charlatans.

Justement peut-on mettre les pratiques des charlatans en parallèle avec des pratiques sectaires ?
Bien sûr, il y a un continuum dans l’imaginaire. Quand vous lisez tous les travaux sur la Rose croix ou la Franc maçonnerie, les sectes sont des cercles philosophiques qui défendent une certaine manière de vivre, mais rapportés dans notre contexte, ils prennent une autre signification. On se rend compte que le versant moderne de ceux qui ne vont pas chez les tradipraticiens c’est d’adhérer à ces loges et de miser sur ces officines pour faire une carrière politique, administrative ou sportive réussie. On constate que même les élèves et étudiants y vont. Il y a un continuum avec l’imagination collective socioculturelle du pouvoir et de la réussite sociale. Par exemple, on se rend compte que la plupart des dirigeants ou des élites qui sont en vue arborent des pins rouges épinglés sur leurs boutonnières. Cela a permis d’enraciner dans l’imaginaire des uns et des autres dans le champ social camerounais qu’il n’y a point de réussite en dehors des milieux du charlatanisme, des charlatans, des sectes et des loges. Le culte, le politique et la réussite sociale ont beaucoup de liens dans notre contexte.


A l’approche d’importantes échéances électorales ou de remaniements ministériels, les observateurs attentifs affirment que les officines de marabouts et autres diseurs de bonnes nouvelles sont généralement prises d’assaut. Finalement l’efficacité s’accommode-t-elle de ce genre de pratiques ?
Il ne me semble pas. J’en ai rencontré chez les Pygmées dans l’Océan, qui se faisaient lacérer le dos à l’aide de lanières autour d’un feu nuitamment et qui venaient se faire soigner ces blessures, mais qui malheureusement n’ont pas ou ont été maintenus au Gouvernement. Cela montre que c’est un artifice qui relève des idées reçues et des illusions de l’optique, mais surtout d’une culture du rapport au travail aujourd’hui. Le travail n’est plus la voie royale pour la réussite, les uns et les autres préfèrent prendre des raccourcis dans la logique de ce culte de la facilité qui existe dans notre société. Personnellement, je ne cois pas beaucoup l’efficacité de cela, sinon les charlatans, les marabouts et les tradipraticiens seraient eux-mêmes les premiers à être ministres, directeurs... vous ne pouvez pas rester dans votre petit coin et vous dire que parce que vous avez vu un tradipraticien, vous allez présenter votre examen et vous réussirez ou vous n’irez plus au boulot et vous aurez une promotion. Si une efficacité existe, elle est très relative

De l’avis d’un « voyant » que nous avons rencontré récemment, l’essentiel de sa clientèle masculine le fréquente pour des raisons d’emplois. Se faire une promotion professionnelle, conserver sa place ou renverser un autre. De tels raccourcis ne sont-ils pas de nature à fausser le rendement en entreprise ?
Les entreprises ont besoin des individus qui montrent un attachement professionnel, une implication dans les projets. Mais à partir du moment où ces individus se sont engagés dans une logique de croyance en la puissance des pouvoirs des forces méta sociales qui viendront intervenir pour eux il est clair qu’ils vont montrer moins d’entrain au travail et de ce point de vue c’est l’entreprise qui en sort déficitaire en terme de contribution dans les projets qu’elle engage, ce sont des éléments contre productifs pour l’entreprise

Des jeunes interrogés sur la question de la place du charlatanisme dans les promotions professionnelles ont argué que « tous les moyens son bons s’ils sont efficaces » et qu’il vaut mieux « Vivre heureux et mourir jeune ». Quelle réaction vous suggère un tel jugement ?
Cela suggère en moi une réaction de désespoir. Derrière cela un certain il faut surtout voir le nombre de frustrations que la catégorie jeune vit dans la société camerounaise. Un certain nombre d’entre eux déploie des trésors d’efforts pour se faire une place au soleil mais ces efforts-là ne sont pas récompensés, et dans cette situation de désespoir et de vulnérabilité ils essaient de se dire que tant qu’à faire il vaut mieux essayer plusieurs expériences puisque autour d’eux certains individus passent par ces voies.

Quelle est la place du mérite dans une entreprise qui a fait le lit à la corruption et au favoritisme ?
Nous sommes dans une société en réalité où le clientélisme, le privilégisme, la croyance en l’intervention d’un certain nombre d’individus ont amené les uns et les autres à commencer à ne plus croire en eux-mêmes. Il s’agit-là d’une société qui s’est déconstruite, qui entre dans une lstructure de contre productivité et d’ensauvagement. La civilisation des mœurs aujourd’hui dans le champ professionnel voudrait qu’on ait des individus qui sont compétents, le fait qu’on soit inscrit dans une logique non pas du travail pour avoir de compétences dans le métier qu’on a appris est pour moi non seulement une défaite de l’école et de la société mais aussi un ensauvagement collectif. Cela ne peut pas permettre à cette entreprise-là d’avoir des résultats positifs. Et cela se comprend quand vous regardez le champ organisationnel camerounais, notamment dans les sociétés para publiques, on se rend compte qu’elles peinent à s’en sortir à cause du culte du moindre effort découlant de cette croyance aux loges ou à l’adoubement par les gourous de ces sectes. Si les gens croient en cela c’est parce que notre société se fonde sur l’allégeance aux cercles occultes et de moins en moins sur le mérite

Le charlatan est souvent accusé d'utiliser de la pseudo-science, de commettre des abus de confiance faisant passer de nombreuses personnes par n’importe quelle compromission moyennant une promesse de promotion sociale. A votre avis quelle est l’origine de la crédulité de leurs victimes ?
Nous sommes en fin de règne. Et dans ces conditions, c’est un grand moment d’incertitude. Nul n’est certain des lendemains, nul n’est certain d’être maintenu à tel ou tel poste, et comme les règles de promotion sociale ne sont pas transparentes, cette situation d’incertitude a organisé une vulnérabilité structurelle des individus par rapport à la valorisation de leurs compétences et à la promotion socio professionnelle. Du coup les charlatans que j’appelle souvent des « vulnérocrates », vendent du vent, exploitent cette vulnérabilité et essaient au maximum d’en tirer profit. Il s’agit de structures de l’arnaque qui renvoient à une modernité insécurisée qui se reproduit à travers les trajectoires et les itinéraires socioprofessionnels pour essayer d’émerger. En dehors de la vulnérabilité, notre société croit très facilement au premier venu parce qu’elle est fragilisée. Je connais l’histoire de quelqu’un qui a cru à un charlatan qui lui disait qu’il fallait qu’il aille jeter 200 millions à minuit dans le fleuve Sanaga pour être nommé à un poste ministériel.  Beaucoup de personnes ne croient plus en leurs capacités, ce genre de vulnérabilité est lié à une situation de crise, une anomie. Le Professeur Hubert Mono Ndzana a dit qu’on a écarté la norme pour normaliser l’écart. Il y a une faillite des modèles sociaux. La réussite spontanée d’un certain nombre ne doit pas pousser les uns et les autres à ne pas croire en l’existence d’un possible acquis par le mérite.


Entretien mené par Mathieu Meyeme